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Kuhn, Thomas Samuel

Page history last edited by Olivier G. 15 years ago

 

Biographie


 

Thomas Samuel Kuhn est un physicien de formation né en 1922 dans la ville de Cincinnati en Ohio, aux États-Unis. En 1949, il obtient un doctorat en physique à l’Université de Harvard et devient assistant professeur de ce prestigieux établissement. Il obtient plus tard un poste de professeur d’histoire des sciences à la University of California à Berkeley, en Californie. En 1961, une chaire en histoire des sciences lui y est offerte. Kuhn enseigne donc dans cette université jusqu’à la moitié des années 1960, moment où un poste de professeur, toujours en histoire des sciences, lui est offert à l’Université Princeton, au New Jersey. T.S. Kuhn est président de la History of Science Society de 1968 à 1970. Le prix Howard T. Behrman lui est remis par l’Université de Princeton en 1977 pour sa contribution en philosophie des sciences. En 1979, il obtient le poste de professeur en philosophie et en histoire des sciences au Massachusetts Institute of Technology (MIT). La History of Science Society reconnait sa contribution à l’histoire des sciences le récompensant de la médaille George Sarton, en 1982, remise pour l’ensemble de son œuvre en histoire des sciences. En 1983, Kuhn reçoit le prix Laurence Rockefeller et se consacre dès lors principalement à l’enseignement de la philosophie, toujours au MIT. Il y enseigna jusqu’en 1991, année de sa retraite. Thomas S. Kuhn rend l’âme le 17 juin 1996, des suites d’un cancer des voies respiratoires.

 

           Thomas Samuel Kuhn a été fortement inspiré par les travaux d’Alexandre Koyré. Celui-ci prônait une vision « discontinuiste » de l’histoire des sciences, ce qui veut dire qu’il ne la percevait pas comme un processus uniforme et continu, mais plutôt comme un cheminement issu des expériences personnelles des éléments qui la fondent, donc discontinue et variable. Une autre source d’inspiration de Kuhn aurait été les travaux de Gaston Bachelard, philosophe français ayant travaillé beaucoup sur les sciences et l’imaginaire. Celui-ci, dans la même optique que Koyré, mentionne que les sciences seraient dynamiques et jamais absolues. D’autres noms peuvent également être cités comme ayant « inspiré » Kuhn : Piaget ou Whorf, entre autres.

  

          Une autre inspiration de Kuhn aurait été les théories de Karl Popper qu’il aurait, au lieu de suivre, tenté de la critiquer. Du moins, la communauté scientifique s’entend pour dire qu’il y a opposition entre les théories de Popper, plutôt positivistes, et celles de Kuhn. Leur principal point de mésentente concernait la perception des erreurs dans la science.

    

        Plus initialement encore, l’élément qui aurait déclenché la pensée de Kuhn en histoire des sciences remonterait à ses études universitaires, alors qu’il était en voie d’obtenir son doctorat en physique. Il aurait alors confronté les théories de Aristote et celles de Newton, en comprenant pour la première fois à quel point ces théories ne se contredisaient pas, mais qu’elles étaient simplement foncièrement différentes et pouvaient donc à peine être comparées. Cette « illumination » dirigea la majeure partie de ses recherches en histoire des sciences.

 

 

Son œuvre


 

 

L’ouvrage majeur de cet auteur s’intitule La structure des révolutions scientifiques. Publié pour la première fois en 1962, il a été vendu à plusieurs millions d’exemplaires et a été traduits dans plus d’une quinzaine de langues. Il serait d’ailleurs, selon certains, à l’origine de la (sur)utilisation du mot « paradigme » dans tous les domaines scientifiques. Énormément cité, cet essai expose la théorie principale de Kuhn qui soulève que l’histoire ne serait pas une suite continue d’éléments s’additionnant les uns aux autres, mais plutôt un développement qui évoluerait selon divers paradigmes. Une grande découverte ne suffirait donc pas pour remplacer un paradigme déchu : pour que ce paradigme change, il faut que parallèlement à cette découverte scientifique un mouvement social qui l’appuie se développe. Ainsi même si les théories, par exemple, de Newton aurait été faites par un autre, avant lui, elles n’auraient peut-être pas eu le même impact étant donné le contexte socio-historique qui les a vu naitre. Kuhn aurait élaboré sa théorie de La structure des révolutions scientifiques en explorant plutôt le domaine des sciences naturelles, mais celle-ci est maintenant utilisée abondamment dans pratiquement tous les domaines, dont les sciences sociales.

 

Thomas S. Kuhn est aussi l’auteur de quelques autres œuvres qui ont eu une certaine influence. Entre autres, La révolution copernicienne qui retrace l’histoire copernicienne d’un point de vue interdisciplinaire. Le contenu du livre peut en effet, comme il est inscrit dans le préface de l’édition de 1973, être vu comme « deux livres, l’un traitant de science et l’autre d’histoire intellectuelle. »[1] Il apporte une vue nouvelle sur un sujet qui a pourtant été maintes fois exploré en le présentant comme étant une révolution scientifique comme il les définit dans La structure des révolutions scientifiques.

 

Un autre ouvrage significatif de Kuhn serait son livre La tension essentielle, qui a été publiée plus tard, soit en 1990. En fait, la tension essentielle est en fait une série d’articles écrits par Kuhn et regroupés sous deux axes principaux : les études historiques et les études métahistoriques. Ces articles dressent le portrait de diverses études et recherches faites par Kuhn et des collègues touchant particulièrement « la tradition et les changements dans les sciences ».[2] Un autre recueil d’articles intitulé The Road Since Structure a été publié en 2000 - soit quatre ans après sa mort, sous la direction de deux éditeurs anglais (Conant et Haugeland). Ce recueil rassemble les idées nouvelles ou modifiés de Kuhn, incluant celles des années 1980-1990. 

 

La plupart des monographies signées Kuhn sont publiées aux University of Chicago Press.  En plus de ses livres, Thomas Samuel Kuhn est l’auteur d’une grande quantité d’articles publiés en bonne partie dans le journal de la History of Science Society, Isis.

 

Si, au début, ses travaux étaient surtout consacrés à la physique même, ils ont rapidement dévié vers l’histoire des sciences. En effet, déjà durant ses recherches pour son doctorat, comme il a été mentionné plus tôt, Kuhn s’est intéressé à la façon dont les sciences évoluaient. L’œuvre de Kuhn fait ressortir trois concepts principaux : incommensurabilité, révolution et paradigme.[3] Ces concepts, au fur et à mesure que ses recherches avancent, évoluent.

 

 

Sa contribution au constructivisme


 

            Les différents concepts-clefs ressortant de l’œuvre de Kuhn ne sont, fidèles à ce que Kuhn tente de démontrer, pas absolus, mais s’inscrivent dans le paradigme du temps concerné. Le concept de paradigme est, entre autres, un élément essentiel de l’œuvre de Kuhn. Ce terme pourrait être défini comme l’ « idéologie » véhiculée par un certain groupe. Plus que cela, c’est la manière de penser qui prédomine durant une période donnée, c’est le paradigme qui influence la façon qu’ont les gens de rechercher, de voir leur histoire et ainsi de suite. Ce concept d’abord élaboré dans La structure des révolutions scientifiques sera simplifié à la notion d’exemplarité plus tard. Cependant, la manière dont on peut « changer » de paradigme m’amène au deuxième concept-clef, le concept de « révolution scientifique ». Cette idée, que l’on a effleurée plus haut, mentionne que certaines découvertes clefs dans l’histoire ont créé des révolutions scientifiques. On avait mentionné l’exemple de Newton, mais on pourrait parler de celles déclenchées par Copernic ou Einstein dans le domaine des sciences naturelles, pour ne mentionner que celles-là. Le concept de révolution scientifique est simple : un nouveau paradigme ne remplace pas automatiquement l’ancien dès son apparition. De plus, une découverte faite dans un nouveau paradigme n’est pas meilleure que celle qui a été faite avant, elle est seulement différente, puisque née dans un contexte différent, avec un bagage et des ressources tout aussi différents. Ces contextes différents sont en partie la source du troisième concept-clef évoqué, soit l’incommensurabilité. Cette notion a évolué avec le temps, Kuhn a eu à la redéfinir étant donné les nombreuses critiques qu’il avait reçues. L’incommensurabilité avait été en premier lieu apparentée à l’incompatibilité, c’est-à-dire à l’impossibilité pour deux théories d’accepter l’autre et de l’inclure. Kuhn a redéfini ce concept par une « absence de langage neutre »[4]. Cela voudrait dire qu’il n’est pas impossible pour deux théories de se substituer en s’ « entre-inclusant », mais bien qu’il est difficile de comprendre une théorie provenant d’un autre paradigme sans être influencé par le « nôtre ».

 

           L’œuvre de Kuhn peut donc s’inscrire dans une perspective constructiviste. Cette vision de paradigme qui, pour faire analogie, ne s’additionne pas comme des billes sur un boulier mais qui plutôt seraient les fils d’un tissage. On tisse un motif et puis avec une « révolution scientifique », on défait tout et avec les mêmes fils, en rajoutant seulement une couleur, on retisse une image complètement différente. La « vision » est différente et pourtant les éléments sont pratiquement identiques. L’histoire des sciences expliquée par Kuhn n’est donc pas une succession de faits qui se remplacent automatiquement une fois réfutés mais plutôt un enchevêtrement de théories qui parfois révolutionnent rapidement mais qui, dans certaines occasions, demandent un grand moment d’adaptation puisqu’elles doivent aussi être remplacées.

 

           Les travaux de Kuhn et sa vision, entre autres, de l’histoire des sciences, sont une source d’inspiration pour plusieurs. La structure des révolutions scientifiques est un des livres les plus cités en sciences et ses théories sont appliquées aux champs les plus divers.

 

Bibliographie de Thomas Samuel Kuhn


 

 

 

·      “Newton’s “31st Query” and the degradation of Gold”, Isis, 42, 4 (janvier 1951), pages 296.

·      Review of “Ballistics in the Seventeenth Century, A Study in the Relations of Science and War with Reference principally to England”, par A.R. Hall. Isis, 44 (1953), p.284-285.

·      Review of “The Scientific Adventure: Essays in the history and Philosophy of Science”, par H. Dingle. Speculum, 28 (1953), p.879-880.

·      Avec S. Parnes et N. Kaplan, “Committee Report on Environmental Conditions and Educational Methods Affecting Creativity”, The Third University of Utah Research Conference on the Identification of Scientific Talent, Salt Lake City, Presses de l’Université de l’Utah, 1959.

·      “The Function of Measurement in Modern Physical Science”. Isis, 52 (1961), p.161-193.

·      “The Historical Structure of Scientific Discovery”, Science, 136 (1962), p. 760-764.

·      “The Function of Dogma in Scientific Research” tire de CROMBIE, A.C., dir. Scientific Change. Historical Studies in the Intellectual, Social and Technical Conditions for Scientific Discovery and Technical Intervention, from Antiquity to the Present, Londres, Heineman, 1963, p.347-369.

·      “A Function for Thought Experiments”, tiré de L’aventure de la science mélange Alexandre Koyré, vol.2, Paris, Herman. 1964, p.240-265.

·      « Alexandre Koyré and the History of Science. On an Intellectual Revolution”, Encounter, 34 (1970), p. 67-69.

·      “The Relations between History and the History of Science”. Daedalus, 100 (1971) p.271-304.

·      La Révolution copernicienne, Paris, Fayard, 1973, 331 pages.

·      “Second Thoughts on Paradigms”, tiré de SUPPE, F., dir. The Structure of Scientific Theories, University of Illinois Press, Urbana, 1974, p.459-482.

·      “The Relations between the History and the Philosophy of Science”, ET, 1977, p. 3-20.

·      “Metaphor in Science”, tiré de ORTONY, A., dir. Metaphor and Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 1979, p.409-419.

·      “The Halt and the Blind: Philosophy and History of Science”, British Journal of Philosophy of Science, 31 (1980), p.181-192.

·      La Structure des Révolutions scientifiques, réédition, Montréal, Flammarion, 1983, 284 pages.

·      Black-Body Theory and the Quantum Discontinuity, 1894-1912. Chicago, University of Chicago Press, 1987.

·      La tension essentielle, réédition, Paris, Gallimard, 1990, 480 pages.

·      “The Natural and the Human Sciences”, tiré de HILEY, D.R. et al, dir. The Interpretive Turn, Cornell University Press, 1991, p.17-24.

·      The Road Since Structure. Philosophical Essays 1970-1993, with an Autobiographical Interview, première édition, CONANT, James & John HAUGELAND (éditeurs), Cambridge, University of Chicago Press, 2000, 336 pages.

 

 


 

 

 

Références


 

 

 

·         Absolute Astronomy. « Thomas Samuel Kuhn », Absolute Astronomy, [http://www.absoluteastronomy.com/topics/Thomas_Samuel_Kuhn] (6 février 2009)

·         Association des Amis de Gaston Bachelard.Gaston Bachelard sur internet, [http://www.gastonbachelard.org/fr/accueil.htm] (6 février 2009)

·         Autres épistémologues, [http://eurserveur.insa-lyon.fr/LesCours/physique/AppPhysique/approphys/1historique/kuhn/Epistemologie-Kuhn/autresepistemologues.html] (6 février 2009)

·         History of Science Society. The Society : the George Sarton Medal, [http://www.hssonline.org/about/society_sarton.html] (7 février 2009)

·         HOYNINGEN-HUENE, Paul. Reconstructing scientific revolutions, Chicago, The University of Chicago Press, 1993, 310 pages.

·         LAUGIER, Sandra. « Signification et incommensurabilité : Kuhn, Carnap, Quine ». CAIRN.66, 4, 2003, [http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=APHI&ID_NUMPUBLIE=APHI_664&ID_ARTICLE=APHI_664_0481] (7 février 2009)

·         MONTAZEAUD, Delphine. Les fiches de lecture de la Chaire D.S.O. : KUHN Thomas Samuel « La Structure des Révolutions Scientifiques. (sic) [http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/kuhn.html] (6 février 2009)

·         rr0. « Thomas Samuel Kuhn (1922-1996) ». rr0.org, [http://www.rr0.org/personne/k/KuhnThomasSamuel/index.html] (6 février 2009)

·         The Tech Online. ” Thomas S. Kuhn”. The Tech. 116, 28, 1996, [http://tech.mit.edu/V116/N28/kuhn.28n.html] (6 février 2009)

·         « Thomas Kuhn », Encyclopédie Universalis. [http://www.universalis.fr/encyclopedie/C040030/KUHN_T.htm] (6 février 2009)

·         VARTANY, Edwin. « Analyses et comptes rendus »,  Les études philosophiques, s. l., 4, 63 (s.d.), p. 557-565.

 


 

[1]KUHN, Thomas S. La Révolution copernicienne, Paris, Fayard, 1973, p. VI

[2] KUHN, Thomas S. La tension essentielle, Paris, Gallimard, 1990, première de couverture.

[3] LAUGIER, Sandra. « Signification et incommensurabilité : Kuhn, Carnap, Quine ». CAIRN.66, 4, 2003, [http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=APHI&ID_NUMPUBLIE=APHI_664&ID_ARTICLE=APHI_664_048] (7 février 2009)

 

 

[4] Ibid.

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